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Un catalyseur pour le rétablissement en santé mentale : la force de l’expérience vécue

7 mai 2026
Au moment où Michael Ryan monta dans la rame de la Circle Line, le tourbillon d’activité le ramena instantanément à une époque, plusieurs années auparavant, où il dormait à la dure dans le métro. C’était un moment surréaliste. À l’époque, Michael était venu à Londres pour tenter d’échapper au traumatisme d’une vie gâchée par la maladie mentale et la toxicomanie. Aujourd’hui, il fait le voyage depuis l’Irlande avec son fils de 18 ans pour aller voir Arsenal affronter Everton – un moment précieux qui s’annonce par un voyage bien différent de celui qu’il avait entrepris seul, il y a de nombreuses années, alors qu’il n’était guère plus âgé que son fils ne l’est aujourd’hui. 

Même si les bruits, les images et l’agitation du métro sont restés les mêmes, les émotions, les pensées et la perception de Michael ont complètement changé ; l’obscurité et le désespoir ont fait place à la joie et à un profond sentiment de gratitude – un témoignage saisissant qui montre que le rétablissement est non seulement possible, mais qu’il peut aussi transformer une vie. Loin d’être un vague concept philosophique ou clinique, et même face aux problèmes de santé mentale et de dépendance les plus complexes, Michael est la preuve que l’on peut se rétablir. Il est désormais responsable de la coordination des actions en santé mentale et du rétablissement au sein du Health Service Executive irlandais. Mais comment est-il passé du statut de sans-abri dormant dans le métro et de bénéficiaire des services de santé mentale à celui de responsable de ces mêmes services ?

Une preuve vivante de l’espoir

Le tournant décisif, ou le catalyseur, comme il le dit lui-même, a été sa rencontre avec un homme qui avait lui-même connu des problèmes de santé mentale similaires, mais qui s’était suffisamment rétabli pour pouvoir aider les autres. Michael explique que c’est le fait de voir qu’il avait vécu des expériences proches des siennes qui a fait la différence.

« Je croyais ce qu’il disait parce que je voyais les preuves dans sa propre vie. Il m’a dit que je devais moi-même cerner mon problème. Il m’a dit qu’il était évident que quelque chose n’allait pas dans ma vie, et que je devais découvrir par moi-même de quoi il s’agissait. » Cette conversation a également marqué le début d’un changement dans sa façon de penser. Peu à peu, Michael est passé de quelqu’un qui se considérait comme un cas médical et qui pensait devoir être interné à quelqu’un capable de prendre des mesures pour son propre bien-être.

Le fait que cet homme ait pris le temps de venir à l’hôpital pour aider les autres a renforcé la confiance que Michael lui accordait. Cet homme incarnait l’espoir dont Michael avait tant besoin.

« Le rétablissement, c’est l’affaire de tous »

Michael est ensuite devenu lui-même bénévole dans le cadre d’un programme d’expérience vécue et accompagnateur de pairs. Grâce à la reconnaissance et au soutien tant des organisations non gouvernementales que des services de santé irlandais, il est devenu le premier responsable de la coordination des actions en santé mentale et du rétablissement, jouissant d’une influence sur les décisions politiques générales, ainsi que sur le développement et la prestation des services. 

Ses travaux montrent que l’intégration de l’expérience vécue et de l’expérience en cours passe par une influence sur les politiques de santé et une transformation du système, afin de rendre les services davantage centrés sur la personne et axés sur le rétablissement. On peut citer, par exemple, le recrutement de personnel régional chargé de mobiliser des personnes ayant une expérience vécue afin d’améliorer les services à différents niveaux politiques, ainsi que l’organisation d’une journée de sensibilisation à l’expérience vécue visant à réduire la stigmatisation liée aux troubles de santé mentale. Les « Recovery Colleges » [Écoles du rétablissement] aident les personnes ayant vécu ou vivant actuellement une expérience de maladie mentale à concevoir ensemble leurs propres formations pour adultes, en fonction de leurs besoins individuels et en collaboration avec leurs proches et les professionnels de santé. Toutes ces initiatives reconnaissent que la santé mentale ne se résume pas à l’élimination des symptômes, mais qu’il s’agit également d’un enjeu socioéconomique qui touche l’ensemble de la société. 

Comme le dit Michael, le rétablissement, c’est l’affaire de tous.

Services axés sur le rétablissement 

Smiling man in glasses sitting at a football stadium

Même s’il mène une vie bien remplie, Michael n’hésite pas à dire qu’il est toujours en phase de rétablissement et qu’il continue de faire face à des difficultés liées à sa santé mentale. Il se décrit comme ayant retrouvé la santé, mais pas comme étant guéri, et continue de s’efforcer d’atteindre son plein potentiel en tant que personne. 

C’est à chacun de définir ce que signifie le « rétablissement » dans sa propre vie. Il s’agit d’un parcours personnel visant à se construire une vie qui a du sens, même si l’on est confronté à des problèmes de santé mentale persistants. Cette définition de l’OMS met l’accent sur l’espoir, l’autonomie et la poursuite d’objectifs personnels, ce qui la distingue nettement des définitions cliniques traditionnelles, qui se concentrent sur la réduction des symptômes.

En repensant à son trajet dans le métro de Londres, Michael explique que le rétablissement, c’est ce qui compte et nous comble dans la vie : « un endroit où vivre, quelqu’un à aimer, quelque chose à faire... » Mais surtout, cela signifie ne pas oublier qu’il est toujours la même personne qu’il était lorsqu’il dormait dans le métro il y a toutes ces années, et que c’est tout à fait normal. 

Michael a appris à prendre soin de sa santé mentale et à tirer parti de son expérience personnelle, au point que celle-ci est devenue une source de motivation et d’expertise dans sa vie.

Quand son fils était en primaire, un enseignant lui a demandé quel était son jeu préféré, et il a répondu : « jouer avec mon papa ». Michael se souvient de cette anecdote et estime que se rétablir, c’est pouvoir faire des choses simples de la vie quotidienne, comme aller voir Arsenal affronter Everton, même si le père et le fils soutiennent des équipes rivales.

Contexte

La feuille de route de l’OMS visant à intégrer les praticiens ayant une expérience vécue ou une expérience en cours dans l’élaboration des politiques, les services et la communauté a été élaborée par un groupe de travail composé de personnes ayant une expérience vécue et d’experts, dont Michael. Elle a été publiée en juin 2025 et sera suivie de l’organisation de 2 ateliers en 2026 afin d’accompagner sa mise en œuvre dans 9 pays européens dans un premier temps. L’objectif est de constituer un pôle d’expertise et un réseau visant à favoriser l’intégration des praticiens ayant une expérience vécue ou une expérience en cours ainsi que les pratiques axées sur le rétablissement dans les pays de l’Union européenne, ainsi qu’en Norvège et en Islande. 

Ces activités sont financées au titre de l’accord de contribution conclu entre l’OMS/Europe et la Commission européenne et intitulé « Relever les défis de la santé mentale dans l’Union européenne, en Islande et en Norvège ».